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Dépliants touristiques: Bons Baisers
Les touristes se reconnaissent de loin aussi bien que des pyramides ou des Tours Eiffel. Ils sont typiques de leur état comme la paella l’est de l’Espagne. Ils sont donc photographiables autant que le Colisée de Rome ou la cathédrale de Chartres.
Groupés entre eux parce qu’ils sont identiques, ils cherchent ce qui leur ressemble, à savoir les monuments, typiques, identifiables, marqués.
Or, les monuments sont célèbres comme des stars de cinéma ou de chanson. La Tour Eiffel représente la France de la même manière que Brigitte Bardot, la cathédrale de Gaudi représente l’Espagne comme Julio Iglesias. S’approcher des monuments, c’est leur voler de la célébrité par contagion comme lorsqu’on touche la chemise de Johnny Halliday.
Photographier un monument, c’est fabriquer une carte postale. Se photographier devant le monument, c’est pénétrer dans la carte postale, devenir immortel, présenter à ses amis une image où l’on trône au bras de la Grande Pyramide, avec le sourire de celui qui fait la couverture de Paris-Match.
Les touristes se veulent personnages de bande dessinée. Tintin devient intéressant par le lieu qu’il s’attribue : “Tintin aux pays des soviets” “Tintin au Congo” “Tintin en Amérique”. Or, Tintin, en soi, est vide comme un touriste.
Le touriste, de vide en vide, devient collectionneur. Ainsi, de trophées en trophées, peut-il se comparer et tenter de se distinguer de son collègue. Mais, de même manière que les stars se ressemblent toutes, dissimulées derrière des lunettes de soleil et sous de faux cheveux blonds, les touristes ne se distinguent pas. Et, de même que les stars sont faussement célèbres, car il n’existe qu’une star, toujours la même, occupée par tel ou tel nom de l’instant, les monuments sont faussement renommés.
Car nous savons bien que la Tour Eiffel n’est qu’une imitation des pyramides, dont elle est une expression plus légère. Nous n’ignorons pas non plus que les pyramides anticipaient les cathédrales, dont elles représentaient l’idée épurée, que les cathédrales sont elles-mêmes des temples grecs un peu plus précieux. Et ne parlons pas des mosquées, ces églises exotiques, ou des églises, qui ne sont que des mosquées sculptées dans la pierre.
Il n’y a, en vérité, qu’un monument, qu’une carte postale, qu’un seul touriste, qu’une seule photo.
Dommage que ce touriste soit si nombreux. Peut-être est-ce sa manière de devenir monumental ?
Jean-Luc Coudray